Témoignages

« Mesdames, Messieurs,

Notre avocate a lancé une alerte afin que nous puissions avoir une écoute et un accompagnement dans les épreuves auxquelles nous devions faire face.
APESA a été remarquable par son écoute et je tiens à remercier spécifiquement madame X.

« Depuis plus de 12 ans, nous avons développé notre entreprise de façon importante, plus de 100 salariés et plus de 6 millions d’€ de CA en partant de rien. En 2013, nous avons effectué une croissance externe de diversification (prise de participation) qui a détruit totalement notre entreprise.

Sans vouloir nous étendre sur les circonstances, nous avons lutté physiquement et moralement en traversant toutes les épreuves juridiques possibles, arbitrage, saisies, JEX, cour d’appel, cour de cassation etc.. pour nous retrouver à protéger notre société par la sauvegarde (que nous avons découverte et qui est terrible… car socialement cela est incompris et créé un préjugé destructeur), 11 mois plus tard un redressement judiciaire, une vente du fonds de commerce par protection juridique et nous avons encore à liquider la société …). »

La vie défile devant nous sans maîtrise, jour et nuit, sans sommeil, seuls tous les deux (moi et ma compagne) en silence, luttant sans merci au quotidien.
Je pensais souvent au suicide, sans rien dire, je regardais avec tristesse ma compagne qui après deux « burn-out » dépérissait, cela n’était plus tenable.

Fort heureusement APESA nous a pris en charge et avons pu après plusieurs semaines relativiser la situation et nous préserver. Il faut également savoir que le TGI de Strasbourg, l’administrateur, le mandataire et notre avocate étaient à notre écoute tout en effectuant les tâches juridiques nécessaires.

Aujourd’hui je souhaite pouvoir contribuer à APESA, par mon expérience, mais aussi pouvoir apporter financièrement une contribution.

Dans l’attente de votre réponse,
Sincères Salutations »
Avril 2019 – Cliquer ICI pour télécharger le témoignage

« Croire au possible tant que la vie est là !

C’est tout le travail du dispositif APESA. Intervenir dans l’urgence quand la souffrance morale devient insupportable. Entretenir cette étincelle pour qu’une seconde de détresse ne permette pas le passage à l’acte.

Deux ans maintenant depuis la mise en sauvegarde de mon entreprise (hôtel indépendant) en janvier 2017. Plus de trésorerie, une perte d’activité liée à la conjoncture économique et à cette problématique financière qui ne permet pas de faire les travaux nécessaires à la structure pour rester compétitive sur le marché.

Je me suis sentie coupable, blessée, morte.

8 ans de travail assidu. J’y ai mis toute mon énergie, je l’ai portée, me suis battue. J’ai parfois fait souffrir ma famille, mes enfants parce que mon esprit n’avait plus qu’une fonction l’entreprise, puis sauver l’entreprise.

L’accompagnement d’une psychologue d’APESA m’a été proposé 48H après ma 1ère convocation au tribunal. Je crois que ce fut la réalité la plus douloureuse.

Seule, je ne serais pas allée chercher cette aide. Cela n’a pas été facile, mais elle m’a aidée à ne pas me punir, me juger, mais à positiver sur le chemin parcouru.

Un an plus tard, la sauvegarde était levée et l’entreprise vendue.

Je me reconstruis physiquement, moralement, plus forte de ces épreuves qui ne sont pas une fin mais une force incroyable de volonté et d’ouverture sur l’avenir. J’avance aujourd’hui sur un nouveau projet d’entreprise.

Merci à l’ensemble des intervenants d’APESA.

Je suis disponible pour échanger.
Bien cordialement »
Mars 2019

« Bonjour,

Je souhaite tout d’abord vous remercier pour le soutien apporté par votre appel, vendredi dernier, jour du dépôt au greffe du tribunal de commerce de X du dossier de cessation de paiement de mon entreprise dans le but de demander un redressement judiciaire.

Voir écrit cela, fut pour moi, un choc psychologique important, même s’il était évident que mon entreprise était malade.
Je ne vais rien vous apprendre en vous disant que j’espérais toujours la « sauver » sans passer par des procédures qui déjà dans les mots m’effraient donc dans les faits, je n’ose imaginer.

Pour avoir lu de long en large le site APESA et sa documentation riche et intéressante j’ai pourtant appris que ces procédures étaient là pour nous aider à faire mieux que seul.
Mais, car bien entendu on part au tribunal abattu sinon battu, il reste à gérer l’étape émotionnelle, la « descente aux enfers » morale.

Même si on essaye d’être solide il est dur de gérer les peurs, la honte, la déception d’avoir failli.

Je vous remercie de m’avoir demandé si j’avais des idées suicidaires, oui cela aurait pu être le cas car à ce moment-là mon cerveau ne fonctionnait qu’en mode émotion et je ne raisonnais plus.

Dans l’attente de ma convocation d’ouverture de procédure mardi à 14h je vais essayer de me forcer à sortir, d’inviter mon mari au restaurant, de voir mes fils (même si un est très loin, merci Messenger !) mais je ne vous cache pas la peur qui me réveille, me ronge.

J’essaie de la tenir à distance et je dois dire que votre appel, je me répète, m’a fait un bien fou.
Retrouver par vos paroles une attitude « digne », redevenir un être pensant plus qu’une personne subissant.

Même si ma chance est d’avoir un mari qui me soutient avoir ces paroles de réconfort de la part de quelqu’un dont le métier est de nous aider à nous » redresser » est important.

Pour avoir rencontré Maître X, je sais qu’il est aussi humain que vous mais pour l’instant je suis dans l’attente d’instruire mon dossier et même si mon but est de redresser mon entreprise, entre dette et courage parfois le combat est violent.

Pourtant suite à notre discussion j’ai pris le temps d’aller mieux et me force à réagir en être humain (que je dois protéger) et non plus en entreprise défaillante.
Il y aura, je le sais malgré tout, des moments douloureux qu’il faut sûrement surmonter pour se reconstruire.

Votre association est une belle énergie, elle ouvre la voie à des possibles, il faudrait évidemment qu’elle existe sur x.

Je reste à votre disposition pour en parler.
Bien cordialement »

J’ai été agréablement surpris par la rapidité de prise en charge après que la Chambre des métiers m’ait parlé de ce nouveau dispositif : une psychologue m’a proposé un rendez-vous dans les jours suivants.

Être contacté aussi vite par une personne que je ne connaissais pas et qui m’a écouté fut un grand soulagement. Il est difficile de trouver les mots pour qualifier le mieux-être que cela m’a apporté, mais derrière tout cela, j’ai compris qu’enfin, je n’étais plus seul

Me sentant en confiance et sorti de l’isolement, il ne m’a pas été difficile d’exposer à la psychologue dès mon premier rendez-vous mes difficultés et les idées noires qui ont traversé mon esprit. Cette professionnelle m’a bien expliqué les sujets sur lesquels nous allions travailler. J’en suis sorti très apaisé et plus confiant que jamais puisqu’elle m’a dit que j’allais me reconstruire et rebondir.

Désormais, j’ai bien mieux conscience de ce qu’il m’arrive et, surtout, je n’ai plus à en avoir honte. Je vais reconquérir l’espace professionnel qui est le mien, reprendre ma place. Le métier de plombier est pour moi l’un des plus beaux métiers du monde et je vais prouver à certaines personnes qui m’ont causé des problèmes que je suis toujours là.

Je ne vous remercierai jamais assez. Je n’aurais pas fait moi-même la démarche de m’adresser à un psychologue, alors que j’en avais tellement besoin

Denis LIEUTAUDArtisan plombier bénéficiaire dispositif APESA Provence

Nouveau départ pour une nouvelle vie !

Agent immobilier de père en fils, mon destin était tout tracé et pourtant la vie en a décidé autrement.

Grâce au dispositif APESA j’ai appris à changer, accepter, m’adapter et prendre un nouveau départ.

Voici comment :

Après 25 ans d’immobilier, je dois liquider mon entreprise.

En 2014, face aux difficultés économiques, je dois placer ma société en sauvegarde de justice. Les conséquences psychologiques sont terribles, au point que le Tribunal de Commerce de Saintes remplit avec mon accord une fiche de signalement de risque auprès de l’association APESA.

Très rapidement, je suis mis en relation avec Mme DELABARRE qui organise très rapidement un rendez –vous avec l’une des psychologues du dispositif.

Les séances d’accompagnement psychologique m’aident à prendre conscience des problèmes, à les hiérarchiser et les traiter mais les 5 séances prévues deviennent insuffisantes car les problèmes accumulés sont à la fois professionnels et personnels.

Petit à petit je reprends confiance en moi, en mes compétences et je finis par accepter que cesser mon activité fait partie des solutions envisageables pour reprendre goût à la vie et avancer.

En février 2015, c’est la fin de tout, je cesse mon activité et ma compagne me quitte.

De nouveaux problèmes apparaissent, je n’ai plus de revenus, je m’inscris à Pôle Emploi mais je suis obligé de demander le RSA car ma qualité de gérant de société ne me donne pas droit aux allocations chômage.

Rapidement submergé par les dettes, la banque me fiche interdit bancaire pour usage abusif de la carte bancaire et chèques sans provisions.

Grâce à l’assistance psychologique APESA j’affronte les problèmes, je vends la maison et rétablis ma situation financière et j’obtiens en fin d’année la levée de l’interdit bancaire.

Plus à l’aise et libéré des soucis de l’entreprise, je postule à des offres d’emploi répondant à mes compétences mais je me heurte à des difficultés imprévues : je suis soit trop vieux soit trop compétent, je le constate rapidement lors de mes entretiens avec des agences immobilières.

Ce constat ne me décourage pas, bien au contraire, et grâce à lui je réalise que je suis à un tournant de ma vie professionnelle et personnelle.

Après avoir résolu les problèmes d’interdit bancaire, les choses s’accélèrent, je prends rendez-vous avec Pôle Emploi et leur expose mon projet de création d’entreprise. Le service formation accepte la prise en charge de la formation en expert immobilier et je pars sur Paris début avril 2016.

Lors de cette formation, je réalise que l’expertise immobilière est mon credo, je m’éclate, je fais de belles rencontres de dirigeants d’entreprises sur toute la France ce qui me permet de prendre la température du marché immobilier et me conforter dans mon projet.

De retour à mon domicile, je constitue mon dossier de création d’entreprise, je contacte la CCI, Pôle Emploi etc… Pour obtenir un maximum d’aide pour créer mon entreprise, car je n’ai que le RSA pour vivre.

Début juillet 2016, mon passé me rattrape, la banque m’assigne au Tribunal de Commerce pour obtenir le remboursement d’un prêt contracté par mon entreprise en 2011, et mon ancienne compagne me réclame de l’argent.

Mais aujourd’hui j’ai changé, j’ai appris à relativiser et faire appel aux personnes compétentes pour traiter les soucis en fonction de leur nature.

Je suis satisfait du développement de ma nouvelle entreprise, je prends plaisir à travailler, rencontrer et faire partager mon expérience.

Je réalise que ce qui aurait pu être la fin de tout s’est révélé, en réalité, le commencement d’une nouvelle vie.

Je prends plaisir au quotidien, j’ai adhéré à des clubs d’entreprise où je rencontre d’autres chefs d’entreprise soucieux de développer leur réseau et partager leurs compétences.

J’ai retrouvé la joie de vivre, je fais du sport et rencontre de nouvelles personnes dès que je le peux.

Pour le moment, ma nouvelle entreprise ne me permet pas de me prendre de rémunération mais le chiffre d’affaires paye les charges de fonctionnement, ce qui est un bon début après 3 mois d’exploitation.

Toujours soucieux de partager mon expérience APESA, c’est avec une réelle émotion que j’aide l’association pour aider les chefs d’entreprise et tenter de faire comprendre qu’il n’existe pas qu’une seule vérité, qu’il faut parfois mettre un mouchoir sur sa fierté plutôt que de tout perdre.

Cesser une activité parce qu’elle ne dégage pas de quoi faire vivre son dirigeant n’a rien de honteux bien au contraire, dans ce choix, le chef d’entreprise fait preuve de bonnes qualités de gestionnaire.

Sur le plan humain je suis sorti grandi, posé et j’ai acquis l’assurance dont je manquais il y a quelques années. J’ai fait de nouvelles connaissances très enrichissantes et j’ai désormais plein de projets en tête que je prévois de réaliser à court ou moyen terme.

Voilà pourquoi le dispositif est salutaire pour les petits patrons comme moi, souvent impuissant face aux institutions qui enfoncent chaque mois un peu plus l’entreprise par le coût démesuré de leurs cotisations, dont le mode de calcul est incompréhensible.

Sans l’initiative APESA que je salue, je ne pense pas que j’aurais eu la force, ni le courage, de me relancer dans l’aventure du chef d’entreprise alors pour conclure un seul mot s’impose :

MERCI !!!

Stéphanebénéficiaire du dispositif APESA 17

C’est surtout des remerciements concernant la cellule mise en place. Sans la secrétaire de ce tribunal et des personnes qui m’ont suivi je n’aurais jamais surmonté cette dure épreuve et ne serais certainement plus là pour témoigner.

Genevièvebénéficiaire du dispositif APESA 17

A Orléans, le dispositif APESA a été évoqué la première fois en 2013 dans le sillage de l’expérience du tribunal de commerce de Saintes.

Après une période de scepticisme liée au caractère novateur de la démarche, le principe de réalité a rapidement pris le dessus.  L’idée s’est imposée progressivement au sein du tribunal.

Cette idée qui pouvait paraitre saugrenue au départ est devenue une évidence et même une urgence à mettre en place compte tenu de la détresse des chefs d’entreprise rencontrés quotidiennement et à l’impuissance à pouvoir y répondre autrement qu’en tentant de solutionner les seules difficultés financières.

Tous les acteurs ont pris conscience que le dispositif correspondait à un vrai besoin et comblait une vraie lacune qu’ils ressentaient confusément.

Le Procureur de la République chargé des affaires commerciales a soutenu la démarche et a ainsi permis de lever certaines réticences.

Le Président du Tribunal, le personnel du greffe, les juges consulaires, les mandataires, les administrateurs, les commissaires-priseurs, les avocats, les experts comptable et le parquet du ressort se sont ainsi mobilisés avec force et enthousiasme.

Avant, au sein du tribunal, nous parlions des problèmes économiques et sociaux, et nous étions à l’écoute de la détresse psychologique sans pouvoir y répondre correctement.

Parfois même, nous passions à coté avec des drames cachés à la clé.

Aujourd’hui nous parlons toujours chiffres et droit, mais nous ne nous contentons plus d’écouter la détresse exprimée, nous essayons de la détecter pour ne pas passer à côté et d’y apporter rapidement une solution concrète en toute confidentialité dans le total respect des personnes, de leur choix et de leur intimité.

Après détection et après accord du chef d’entreprise, nous passons immédiatement le relai à la plate-forme d’écoute d’APESA France et nous en restons là, le reste ne nous concerne plus, ce n’est pas notre métier, et cela ne rentre pas dans nos prérogatives.

Les chefs d’entreprise confrontés à des difficultés financières, se trouvent très souvent fragilisés par de problèmes familiaux ou médicaux.

La mise en place d’Apesa permet aux intervenants d’apporter une réponse pragmatique à la détresse psychologique générée par toutes ces difficultés.

L’intervention rapide de professionnels de la santé, bien formés à la problématique donne toute satisfaction et la résolution des problèmes psychologiques permet d’appréhender les procédures sous un angle plus positif.

Avec APESA, le tribunal remplit ainsi pleinement son rôle, celui d’être au service des justiciables en mettant au cœur de ses préoccupations les conséquences humaines de ses décisions.

Le dispositif Apesa valorise la démarche des professionnels de la procédure, conforte l’utilité, l’efficacité de leur action, et lui donne tout son sens.

Il est aujourd’hui parfaitement opérationnel.

Le dispositif change le regard porté sur les tribunaux de commerce et contribue par ailleurs au développement des procédures de prévention proposées par ces mêmes tribunaux.

Il permet ainsi de répondre de manière satisfaisante à la question suivante :

A quoi sert-on ?

C’est pourquoi, j’invite fortement l’ensemble des tribunaux de commerce à l’adopter sans réserve.

Maître Thierry DANIELGreffier Associé du TC d’Orléans

En relation dans le cadre d’une procédure collective avec une dirigeante d’entreprise en grande difficulté, l’aide d’APESA a été bénéfique pour cette personne, mais aussi pour l’auxiliaire de justice. Le relais apporté par l’association est ainsi vecteur d’accompagnement du dirigeant mais aussi soulagement pour le professionnel qui trouve dans le réseau le moyen de pouvoir aider l’entrepreneur et de transférer les difficultés du chef d’entreprise qui seraient d’ordre émotionnel, et donc hors de notre sphère de compétence.

Maître Lucile JouveMandataire judiciaire à Paris

Quel président de juridiction commerciale, quel juge des procédures collectives ne s’est pas posé un jour la question :
Que va faire cet homme ou cette femme qui vient d’entendre prononcer la mise en RJ ou en LJ de son entreprise?
Certes la décision prise était la seule possible, certes il (ou elle) a confirmé sa demande mais devant toute cette souffrance humaine qui vient de s’exprimer
que pouvons nous faire? Le grand vide s’est installé, les pleurs ou les phrases inquiétantes laissent planer un grand malaise et moi qui préside je ne sais que faire…

C’est pour avoir vécu cet état et ressenti le malaise d’autres juges de notre Tribunal que nous avons rejoint le dispositif APESA.

Pouvoir dire à un débiteur : voilà nous avons mis en place les moins mauvaises solutions pour votre entreprise mais maintenant prenons quelques minutes pour parler de vous.
Nous pouvons, si vous en êtes d’accord, vous faire aider.
Croyez moi ces simples phrases changent TOUT.
Une petite détente peut s’installer, un autre dialogue s’ouvrir et on ne quitte plus le Tribunal en se disant : cette personne peut mettre fin à ses jours et je n’ai rien à lui proposer!
C’est très simple, c’est assez bref en général mais cette main tendue peut redonner un sens de Vie à l’autre et bien certainement contribue à en donner un autre à la nôtre…

On peut toujours trouver toutes les bonnes raisons de ne pas faire.
On peut aussi considérer que tendre une main est essentiel.
Sans bruit, sans jugement, simplement en n’acceptant pas le nombre de suicides de chefs d’entreprises dans notre pays comme une fatalité.

Serge FaguierPrésident du tribunal de commerce de Laval

Mon métier m’a confronté à toutes sortes de situations. Et pourtant, rares sont les moments où nous pouvons nous laisser gagner par l’empathie. Ce monde des chiffres confronté à celui de la loi ne laisse que peu de place aux sentiments, aux manifestations, aux réactions, de joie ou de détresse.

Notre objectif : la santé de l’entreprise. Mais qui pour s’occuper de la santé de celui qui prend des risques pour elle ?

Nous tous, experts comptables, mandataires, greffiers, juges, assureurs… qui accompagnons ces chefs d’entreprises dans l’aventure humaine qu’ils conduisent, sommes bien démunis lorsque nous sommes confrontés à la détresse de ceux d’entre eux qui doivent y mettre un terme.

C’est pourquoi, lorsque dans le cadre de mon activité parlementaire j’ai rencontré Marc Binnié, Greffier du Tribunal du Commerce de Saintes, j’ai immédiatement soutenu le dispositif APESA qu’il me présentait.

Les PME sont la pierre angulaire de notre économie: on en compte 2,4 millions en France, c’est 96 % des entreprises françaises, soit 2 emplois sur 3. La majorité des patrons de PME connaissent bien leurs salariés, ainsi que leurs familles. Un échec entrepreneurial dans ce contexte met l’entrepreneur directement face à sa responsabilité sociale, difficulté supplémentaire lorsqu’on évolue déjà dans un environnement où l’échec est tabou et où la solidarité est rare. La détresse psychologique du chef d’entreprise qui subit un revers est ainsi aggravée, et peut l’être d’autant plus en fonction du contexte familial.

Ce constat vaut pour tous les secteurs d’activités, qu’il s’agisse du monde agricole, de l’artisanat, de l’industrie, du commerce ou de la prestation de services…

Nous devons être en capacité d’apporter une aide à ces hommes et ces femmes en souffrance. APESA répond à un réel besoin de celui qui doit faire face et surtout rebondir. Il répond également au désarroi des professionnels qui doivent l’accompagner dans la fin programmée de l’aventure qui était la sienne.

Je souhaite que bientôt dans notre pays, un cadre réglementaire puisse permettre qu’un tel dispositif de formation et de prévention soit accessible à chacun.

Bernard LalandeSénateur de la Charente-Maritime, Expert-comptable, Commissaire aux comptes

« LA SOUFFRANCE MODERNE DE L’ENTREPRENEUR : COMPRENDRE POUR AGIR

Récit personnel tiré de l’expérience professionnelle vécue sur la souffrance moderne de l’entrepreneur.

Lorsque nous avons réfléchi au sujet de la souffrance moderne des entrepreneurs nous avons malheureusement été contraints de constater que sa modernité est uniquement liée à la communication qui peut désormais en être faite.

La loi de 1967 s’est penchée sur la souffrance des créanciers, et la loi de 1985 sur celle de l’entreprise.

Toutefois, jusqu’à présent, le législateur n’a pas pris en compte la souffrance de celui qui fait vivre l’entreprise.

En effet, jusqu’à présent, aucun corpus législatif ne permettait de traiter de la souffrance de l’entrepreneur, la seule préoccupation était la souffrance de l’entreprise.

Au surplus, au-delà de la souffrance de la personne morale visible caractérisable et quantifiable notamment avec des éléments d’analyse comme la comptabilité et l’analyse financière, pour le professionnel des procédures amiables et collectives, aucun élément ne permet de rechercher les éléments de souffrance du chef d’entreprise qui malheureusement doit assumer sa propre souffrance et celle de l’entreprise.

A ce titre, les techniciens de l’entreprise ne sont pas formés pour déceler ni soigner la souffrance des chefs d’entreprise, ces derniers n’ayant aucune formation sur le sujet.

Cependant pour nous techniciens, le constat est sans appel : soigner une entreprise sans soigner le chef d’entreprise qui l’a fait vivre n’a aucun intérêt, l’un n’allant pas sans l’autre.

Ainsi, le dispositif APESA a permis de répondre à la fois à la nécessité de moyens techniques mais également à la demande de formation de ces techniciens de l’entreprise sur le sujet essentiel qu’est la souffrance du chef d’entreprise.

En effet par la création d’un tel dispositif les techniciens de l’entreprise ont pu être formés et ainsi prendre conscience de l’état de souffrance dans lequel pouvait être un chef d’entreprise.

Désormais nous pouvons donc avoir les réactions appropriées face à de telles situations, en espérant toujours pouvoir déceler les situations les plus dramatiques avant qu’il ne soit trop tard comme malheureusement nous avons trop l’occasion d’en voir.

Il y a peu, une chef d’entreprise est venue nous rencontrer pour nous faire part des difficultés de sa société.

Malheureusement, au bout de quelques minutes de rendez-vous nous avons été contraints de faire le constat que la société était difficilement sauvable et que seule la liquidation judiciaire pouvait être envisagée.

La dirigeante était épuisée moralement, mais aussi physiquement et nous l’avons sentie au bord d’un gouffre.

Après une heure de rendez-vous, cette dernière a fini par craquer et nous a indiqué que malheureusement le seul lieu où elle pouvait « se permettre » de laisser exprimer son émotion était l’étude car ni à son domicile, ni au sein de l’entreprise, cette possibilité ne lui était offerte.

Malgré trois heures de rendez-vous et des échanges réconfortants l’aide que nous pouvions lui apporter était limitée car nous n’avions pas matériellement les compétences pour lui apporter le soutien psychologique dont elle avait besoin.

Heureusement à cet instant la solution d’APESA était à notre portée.

Nous avons donc pu proposer à cette dirigeante d’être appelée par un psychologue afin d’avoir le soutien psychologique dont elle avait besoin.

Cette dernière a bien évidemment acquiescé à notre proposition en nous remerciant même de lui avoir fait part de ce dispositif. Ainsi à l’issue du rendez-vous, nous adressions immédiatement une demande de prise en charge auprès du dispositif APESA.

Grâce à leur réactivité, dès le lendemain cette dirigeante avait le suivi nécessaire.

Cette dernière ne nous a jamais donné les suites de ce suivi.

Toutefois et malgré l’ouverture de la liquidation judiciaire, elle a su faire face et nous a vivement remerciés pour l’aide que nous avions pu lui apporter.

Il y a quelques années, cette dirigeante se serait retrouvée à l’issue du rendez-vous, à nouveau seule à la fois pour gérer sa procédure, mais également pour gérer l’aspect psychologique et notamment toute la souffrance qu’elle éprouvait face à la procédure qui devait malheureusement être envisagée.

De même, nous avons rencontré très récemment un dirigeant qui semblait lors de nos premiers échanges, parfaitement serein sur la suite de la procédure.

Cependant après des échanges très constructifs, grâce aux outils qui nous ont été apportés par

APESA, ce dernier a également laissé exprimer son désarroi sous le poids des enjeux.

Aussi, très concrètement au quotidien, grâce au dispositif APESA nous pouvons concilier l’assistance de l’entreprise et de son chef d’entreprise.

Ainsi l’aide apportée à l’entreprise s’en trouve renforcée car, nul de sert de traiter l’entreprise sans traiter le chef d’entreprise.

En conclusion cette souffrance n’est donc réellement pas moderne mais est devenue un sujet de préoccupation moderne sur lequel il va falloir continuer à mener un véritable combat ! Consulter le témoignage en ouvrant le PDF suivant : La souffrance moderne de l’entrepreneur

Vincent Mequinion/Alexandra BlanchAdministrateur judiciaire/Collaboratrice principale

Consulter le témoignage en ouvrant le PDF suivant : Bulletin_49_IFPPC_05_2016 page 12

Maître Delphine RaymondAgriculteurs en difficulté : témoignage d’une mandataire judiciaire

Dans le cadre de la mise en place du plan de prévention du suicide des chefs d’entreprise, il m’est apparu intéressant de livrer, en quelques lignes, mes impressions et mon ressenti sur ma pratique professionnelle face à ce sujet d’actualité.

Convaincue depuis toujours de l’aspect primordial de l’humain de la profession de mandataire judiciaire, que j’exerce depuis un peu plus de cinq ans maintenant, j’avais été particulièrement intéressée par la rencontre de sensibilisation qui avait été organisée il y a quelques mois autour de l’équipe de Monsieur DOUILLARD, psychologue clinicien, coordinateur du programme régional de santé chargé de la promotion de la santé mentale et de la prévention du suicide.

Nous sommes effectivement trop souvent confrontés, dans nos professions, à la détresse des chefs d’entreprise qui se sentent seuls face à leurs angoisses et face à un certain sentiment de culpabilité inévitable, qui peut les conduire parfois à l’irréparable.

Nous ne pouvons apporter une réponse adaptée qu’en privilégiant l’écoute et le dialogue et en consacrant plus de temps aux personnes que l’on détecte comme « fragiles », sans pour autant avoir été formés pour gérer ces situations délicates.

Les conseils avisés d’un professionnel et l’approche différente que Monsieur DOUILLARD et son équipe ont pu nous apporter, tant à nous, professionnels, qu’à nos collaborateurs qui sont également « en première ligne », ont été autant de pistes et de clés qui nous sont utiles dans notre pratique quotidienne.

Comprendre le mécanisme de la crise suicidaire, en connaître les signes précurseurs et apprendre surtout à poser les bonnes et les vraies questions, sans avoir peur de blesser ou d’aller trop loin, sont les points essentiels que j’ai retenus des diverses interventions.

L’analyse des facteurs de risques et des facteurs dits « de protection » permet aussi d’évaluer et de gérer nos inquiétudes et de « passer le relais » à des professionnels quand cela s’avère nécessaire.

J’ajoute que, pour ma part, j’ai déjà fait appel à l’équipe de Monsieur DOUILLARD pour deux personnes qui ont pu bénéficier chacune d’une prise en charge adaptée et je dois dire que c’est un grand soulagement pour nous, qui ne sommes plus isolés face à ces problématiques qui ne sont malheureusement pas un cas d’école.

Entourés, nous nous sentons mieux armés !

Maître ROUSSELOT-GEGOUEMandataire Judiciaire

“Le dispositif APESA relève non seulement de la “Jurisprudence Thérapeutique” mais également de la “Justice Procédurale ». Je pense qu’APESA soulève des questions importantes. Les principes d’APESA peuvent aussi être rattachés au concept de « Justice durable », dès lors que ce concept a un caractère global incluant d’autres notions telles que la Justice Procédurale, la Justice Thérapeutique, la Justice non-accusatoire, la justice résolutive de problème, la médiation judiciaire, la justice interculturelle, la justice restauratrice et plus largement tous courants dont la pensée et la pratique professionnelle ont pour finalité d’améliorer les relations humaines, la qualité des relations sociales, et le bien-être en général.

M. Xavier de Savornin LohmanFondateur du centre pour la justice durable

En tant que psychologue libérale, je suis amenée à recevoir régulièrement des personnes en difficulté et parmi certaines d’entre elles des personnes présentant des risques suicidaires.
Néanmoins, nous sommes, mes confrères et mes consœurs conscient(e)s que la démarche qui est de prendre un RDV avec un(e) psychologue reste une initiative loin d’être simple à faire et que malheureusement bon nombre de personnes restent éloignées de nos bureaux.
Quand il nous a été proposé d’intégrer le dispositif APESA 50 (Manche), nous avons été nombreu(ses)x à répondre présents (20 psychologues). Nous y avons vu l’opportunité de rendre plus simple l’accès à nos accompagnements, de lever les idées préconçues liées à l’accompagnement psychologique (folie, maladie…) et surtout de faire partie d’un réseau au service des chefs d’entreprise en souffrance aiguë.
Pour assurer le bon fonctionnement du dispositif, nous nous sommes formé(e)s aux procédures collectives en assistant à plusieurs audiences dans les tribunaux de commerce de notre département, nous avons également fait évoluer nos pratiques, en contournant notre habitude professionnelle qui est d’attendre que la prise de contact se fasse par le futur patient. Aujourd’hui, c’est nous qui, sur la base d’une fiche alerte rédigée et envoyée par les sentinelles, contactons le chef d’entreprise. L’expérience se faisant, force est de constater que les chefs d’entreprise s’en trouvent soulagés, admettent qu’ils n’auraient, pour beaucoup, pas pris cette initiative et se disent, pour la majorité, satisfaits que ce dispositif existe.
En effet, lors du premier contact, nous nous trouvons, très souvent face à des chefs d’entreprise abattu(e)s, épuisé(e)s, coupables de ne pas avoir trouvé d’autres solutions que la procédure collective, soucieu(ses)x de l’avenir, de l’image qu’ils vont donner. Autrement dit, ces personnes sont comme arrêté(e)s dans leur vie.
Tout le challenge de nos accompagnements, c’est de permettre à ces femmes, à ces hommes de pouvoir découvrir un espace (le bureau du psychologue) où avant tout elles-ils redeviennent une personne à part entière.
Grâce aux différentes méthodes des psychologues du réseau APESA 50 (psychologie analytique, gestalt thérapie, programmation neurolinguistique, analyse transactionnelle…) et selon les dires des différent(e)s chefs d’entreprise déjà accompagnés, ces dernier(e)s peuvent enfin poser leur valise dans un endroit neutre, bienveillant où un(e) thérapeute est là pour l’écouter, sans jugement, pour l’aider à mieux gérer ses émotions, l’accompagner pour lui permettre de traverser cette période chaotique et l’équiper d’outils lui permettant de retrouver son autonomie d’action.
Après bientôt 2 ans d’existence, APESA 50 a permis à plus de 30 chefs d’entreprise d’être accompagnés par un(e) psychologue du réseau. Le recul et le suivi de ces accompagnements nous permettent d’être assuré(e)s du bien-fondé d’une telle démarche et de sa nécessité de la développer et de la généraliser.

Angélique BRUANTPsychologue du travail & Co-Gérante d’Alter nativ’CO

Il y a environ 9 ans, lorsque je suis arrivée au greffe, au service des procédures collectives, je ne m’attendais pas à accueillir des personnes en grandes difficultés non seulement financières mais surtout psychologiques.
Mes collègues ainsi que mes greffiers m’avaient appris au fil du temps, à gérer ces situations mais en rentrant à la maison, c’était l’effondrement : tout le « mal-être » des gens avait envahi, malgré tout, ma tête et mon cœur.

C’est arrivé plusieurs fois où j’avais une boule au ventre car j’avais peur pour un/une débiteur(trice), LE sentiment que la personne risquait de mettre fin à ses jours pour ne plus souffrir. J’avais ce sentiment d’impuissance, du fait que la personne en face de moi me parlait, « vidait son sac », alors que moi, je ne suis qu’une employée de greffe. Je me disais : « Et si la personne passait à l’acte, ça sera également de ma faute, car je n’ai pas su écouter, conseiller, etc. ». Et je pensais souvent : « mais que peut-on faire pour soulager ces gens en souffrance psychologique, comment leur rouvrir les yeux sur la vie ? ». Je ne suis pas psychologue, et personnellement, j’en ai pas la carrure, alors, que faire ?

Et puis un jour, Maître BINNIE nous parle d’un projet : celui de mettre en contact les débiteurs en grandes détresses psychologiques vers des médecins spécialisés (psychologues, psychiatres…).

Mon sentiment du moment (et encore aujourd’hui) : SOU-LA-GE-MENT !

En effet, je peux me concentrer plus sur mon accueil/téléphonique sans appréhension car je sais qu’il existe une carte JOKER : la fiche alerte APESA !

Nous avons eu des formations avec les professionnels ce qui nous a permis de « reconnaître » les personnes en difficultés psychologiques, et ainsi de pouvoir prendre du recul dans certaines situations.

Depuis que nous avons ce « JOKER », et nous l’avons enclenché à plusieurs reprises, je suis plus sereine pour accueillir les gens, et c’est plus simple pour expliquer le déroulement des procédures… Je sais qu’on ne peut pas sauver tout le monde, mais si on peut y contribuer en les aidant déjà moralement…

Les débiteurs en grandes difficultés psychologiques sont surpris de l’existence de ce dispositif, ils ne se sentent plus seuls au monde, peuvent ENFIN parler à quelqu’un extérieur à la vie familiale et amicale, autre que le médecin de famille, c’est pour eux une écoute « vierge » mais qui connaît le problème rencontré par les chefs d’entreprises. Ils n’ont plus ce sentiment d’être « les oubliés » de la société française.

Je suis contente et fière de l’existence de ce dispositif.

Astrid LABYService Procédures Collectives - Greffe du Tribunal de Commerce de Saintes